16 fév 2012 Ma Vie d’adulte (La Boîte à Bulles)

Mot-clef du jour : « longue citation sur l’amour »

En ce jour, je me tiens devant vous, mal coiffée, binoclarde au nez rouge, avec une tête de nunuche*, pour vous annoncer la sortie prochaine de Ma Vie d’Adulte, aux éditions La Boîte à Bulles, avec Michel-Yves Schmitt au dessin et des couleurs de Virginie Blancher. Plus précisément, pour dire que j’ai reçu mes exemplaires, ça vous fait une belle jambe, convenons-en, mais ça me permet d’en reparler.

C’est un retour au roman graphique sur des problématiques du quotidien moderne, ce qui est une façon absolument pas vendeuse de m’exprimer, mais c’était pour dire que ceux qui avaient aimé Effleurés devraient apprécier celui-là. Ça parle du milieu du travail, de la notion fort galvaudée de maturité, de la construction personnelle, du besoin de respecter sa nature propre, de la différence entre naturel et rébellion… Bref, c’est bien, lisez-le !

C’est en librairies le 5 avril, le même jour que le tome 2 de mon Wakfu, dont je reparlerai.

* : mon correcteur orthographique ne connait pas ce mot et me propose, à la place, nunchaku, manouche, nucelle [?] et Nunavut [??]. A côté de ça, il m’a laissée un millier de fois écrire « j’écrit ».

13 fév 2012 Connards.
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Mot-clef du jour : « ça sent le métro »

Whitney Houston est décédée.
Bon.
Je ne vais pas faire semblant de m’effondrer. Les chanteuses à trémolos, quel que soit leur talent par ailleurs, on ne peut pas dire que ce soit ma tasse de thé. Je n’ai pas repris deux fois des moules, mais j’ai bien dormi hier soir, merci pour moi.
Je ne vais pas non plus m’étendre sur les remarques moqueuses qui fleurissent sur les réseaux sociaux, comme si c’était tellement cool de se foutre de la mort prématurée d’une nana ravagée par la vie sous prétexte que sa musicalité et les thèmes de ses chansons ne sont pas assez profonds pour nos si exigeants cerveaux, je pourrais me fâcher avec des gens que j’apprécie bien par ailleurs, et j’ai moi-même une image à préserver, celle de la fille qui comprend le second degré, quand bien même celui-ci ne servirait qu’à dissimuler des sentiments peu glorieux très premier degré, eux.

Par contre, puisque ça m’y fait penser, j’aimerais bien revenir deux secondes sur l’attitude top-rebelle de quelques activistes du commentaire de blog ou du comptoir de bar. En fait, deux phrases que l’on retrouve selon une règle dont la prédictibilité le dispute au conformisme le plus refoulé dès qu’un défunt a le malheur d’être connu et que ses fans s’attristent :
« Non mais vous faites pitié à chialer sur la mort d’une star alors qu’il y a tant de gens bien qui meurent dans le monde ! »
Et : « C’est bon, elle est pas de ta famille, merde ! »

Ça se défend.
Et pourtant, j’ai très envie de m’exclamer : CONNARDS !

Parce que c’est vrai que c’est tellement objectif, le deuil !
C’est tellement cartésien, de déplorer la fin d’un industriel qui faisait des téléphones et pas celle d’un scientifique qui guérissait le cancer.
C’est tellement cohérent, de faire des marches blanches pour un gamin assassiné dans notre quartier et de rester de marbre face aux massacres de populations entières à la télé.
Et oui, c’est tellement rationnel, de pleurer des parents castrateurs, désagréables, ou simplement chiants comme la pluie, des grands-parents qu’on n’était pas capable de se mettre un pied au fion pour aller leur dire bonjour si c’était pas Noël, plutôt qu’un artiste qui tirait l’humanité vers le haut ou, simplement, nous faisait du bien quand on l’entendait.
C’est tellement logique, tellement raisonné, tellement intellectuel !

Mes petits amis, je vais partager avec vous une révélation qui m’est tombée dessus telle une épiphanie quand j’avais environ 11 ans et demi : le deuil n’est pas objectif. Le deuil est égoïste. On pleure les gens qui faisaient partie de nous. Et c’est sain. Et c’est normal.

Alors OUI, j’ai pleuré et je pleurerai encore la mort d’artistes. De « célébrités », comme vous les appelez pour les réduire à ça. Et je ne verserai pas une larme à l’enterrement de bien des proches. Parce que, puisque vous voulez de la logique, en voilà : je pleure les gens qui vont me manquer !

Et le cynisme moralisateur dont vous faites preuve à chaque fois qu’un mec connu passe l’arme à gauche, il n’est PAS rationnel, il n’est PAS original, et il constitue ENCORE MOINS une preuve d’intelligence.

Connards.

02 fév 2012 J’adore l’empathie du corps médical.
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Mot-clef du jour : « c’est pour bientot le havre »

C’est gênant, après l’intervention ? Parce que je ne suis pas douillette mais je tolère assez mal la gêne physique.
- Ça ne fait pas mal.
- Ah ? Mais niveau gêne…
- C’est pas douloureux du tout.
- Non, mais je veux dire enCULERIE DE SA RACE !!!
- Ne bougez pas.
- Ça fait mal !
- J’ai presque fini.
- Non mais c’est normal que ça fasse mal ? Parce que vous venez de dire que c’était pas douloureux !
- Hop, tenez encore un peu, on y est.

J’adore l’empathie du corps médical. Comme cet infirmier qui, pour la énième fois, me faisait une prise de sang pour vérifier l’absence de contamination par la toxoplasmose pendant ma grossesse :
Moi : Ahlala, c’est pénible de devoir s’y coller tous les mois (je suis une merde pour faire la conversation).
Lui : Oui.
Moi : Comment elles font, les nanas qui ont la phobie des piqures ?
Lui : Ah, c’est pas facile pour elles. Pourquoi ? Vous avez la phobie des piqures ?
Moi : Euh… Depuis le temps que vous me voyez, vous ne pensez pas que si c’était le cas je badinerais un peu moins ?
Non, il ne pense pas. D’ailleurs il a fini. Bonne journée madame, et au suivant.

Ils ont souvent une idée très précise de ce que le patient attend d’eux, aussi. Pas tant « aller mieux » qu’ »être rassuré ». Sauf qu’on n’a pas la même conception du terme. Il y a une dizaine d’années, des problèmes de dos me forçaient à rester allongée des heures durant sans bouger. Je vais chercher les résultats de mes radios, une blouse blanche souriante m’accueille :
- Bonne nouvelle, mademoiselle !
- Ah ?
- Vous n’avez rien !
- … Ben si, j’ai mal.
- On n’a rien trouvé à la radio.
- Et du coup, je fais quoi ?
- Je ne sais pas. Mais vous n’avez rien.

Bon. Je n’étais pas tellement inquiète et n’avais donc pas vraiment besoin d’être comprise. Mais, si je suis un jour confrontée à un souci de santé alarmant, ça risque de déraper un brin. Parce qu’autant je n’ai pas (trop) peur de la maladie, autant l’ignorance me met en rage. J’imagine, du coup, le gars qui ne verra pas ça. Le gars qui m’offrira le sourire rassurant du mec qui n’a malheureusement pas fait l’Actors Studio et me balancera des phrases toutes faites parsemées de morceaux de vérité. Celui à qui je dirai que non mais c’est bon, balance ta sauce, là tu commences à me faire flipper. Et qui boutera en touche. Plusieurs fois. Et que du coup, je me dirai que s’il n’est pas totalement franc, c’est forcément que c’est super grave, parce que sinon pourquoi il me cacherait des trucs ? mais que si ça se trouve c’est juste un con condescendant et ya rien de sérieux, en fait, ou qu’on sait pas encore, mais j’en sais rien, et putain sans déconner ça va pas là, j’ai des palpitations, crache le morceau connard, je suis majeure et vaccinée et je supporte pas la bienveillance dédaigneuse de principe. On sait comment ça peut se terminer, ce genre de conneries.

Il doit y avoir un truc dans les formations médicales. A un moment, les profs repèrent ceux qui savent adapter leur discours à chaque patient, et ils leurs collent une pénalité sur une UV à fort coefficient. La même que pour ceux qui envisagent l’efficacité de la médication par les plantes, ou qui admettent qu’un mal dont ils ne trouvent pas les causes n’est pas nécessairement psychosomatique.
Ou alors, les gars sont tout simplement de gros pervers déloyaux. Après tout, comme me l’avouait avec un sourire le chirurgien qui avait déclaré son intervention indolore :
- C’est bien, vous avez râlé mais vous n’avez pas bougé. Souvent, les gens se débattent et après, ça pisse le sang.

23 jan 2012 Havre tome 3 – Recherches de couverture
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Mot-clef (lolilol) du jour : « isabel voyante le havre »

Dans l’optique d’une sortie du troisième et dernier tome de Havre début juin, en avant-première aux Imaginales d’Epinal, Anne-Catherine Ott travaille, enchaînée à sa chaise, avec du café en perfusion et une bassine pour faire pipi.

Et elle fait des recherches de couverture :

Havre tome 3 : Les Illuminés et les Obscurs. Editions Ankama. 90 planches + un bien beau livret de bonus qui va déchirer sa race, comme on dit par chez moi. A paraître avant l’été si la dessinatrice survit.

18 jan 2012 Avant, j’étais un individu. Maintenant, je suis un couple.
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Mot-clef du jour : « phrase pour casser les gens »

C’est un peu angoissant de recevoir des paradoxes à la figure. Par exemple, retrouver le syndrome du troupeau dans une société (1) de plus en plus individualiste et (2) très encline à encourager le développement personnel.
J’ai beau être une indépendante forcenée, je n’émets pas de jugement particulier sur le besoin de se regrouper. A part une forte tendance à croire que les personnes qui prétendent y échapper sont soit des sociopathes, soit des faux-culs, soit des cons (je ne juge pas, je vous dis). Comme ces déclarés nihilistes qui vous hurlent à la gueule la philosophie qu’ils tiennent absolument à vous asséner. En public si possible. Avec force démonstration. Parce qu’il faut qu’ils soient entendus. Mais ils ont rien à prouver, hein. D’ailleurs, vous en faites bien ce que vous voulez. Et ils vous emmerdent.

Bref.

Avant, j’étais un individu. Maintenant, je suis un couple. Et même les plus francs-tireurs dans mon entourage ont tendance à me donner du « vous ».
« Qu’est-ce que vous en pensez ? »
« Qu’est-ce que vous aimez ? »
« Vous êtes amis avec les Dupont ? »
Nous sommes un couple. Sensés avoir un mode de vie commun, des goûts communs, des loisirs communs, être amis avec d’autres couples.

Je n’en voudrais de sonner trop revendicative, mais j’estime que les gens qui ont toujours remarqué mon côté solitaire me doivent un chouia de ne point considérer que le fait de partager un loyer et m’être reproduite me transforme légitimement en humble fourmi d’une toute petite fourmilière.
J’accepte d’être partie prenante de décisions communes, j’accepte de construire en duo, de me laisser influencer par l’autre.
Je n’accepte pas de devenir un maillon.
Je ne l’accepte pas dans le cadre de relations sociales complexes, encore moins dans celui de conneries significatives.

Je pense à toi. Toi qui a connu l’Homme avant de me connaître. Qui possèdes son mail. Qui m’en envoies un qui me concerne à peine en t’adressant à nous deux. Qui me prends pour sa secrétaire ou sa siamoise. Ou qui, simplement, essaies de te rassurer en incitant autrui à se conformer à une réalité sociale qui n’existe que dans ta tête. Oui, je tire des conclusions faciles issues de psychologie de supermarché.
Mais tu ne mérites pas mieux.

Note : Oui, je sais que cet article n’est pas grandiose, mais des fois faut assumer ses tâtonnements, aussi peu fructueux soient-ils.

12 jan 2012 « Tout est dans mon oeuvre »
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Mot-clef du jour : « je garderai l’image d’une personne »

Quand je cherche des renseignements sur la vie privée d’une célébrité…
Bon, déjà, ça a dû m’arriver pour 6 personnes dans ma vie. Je m’en fous, de la vie privée des gens, je trouve ça super triste et malsain d’être attiré par les magasines people, même « pour se détendre », même « au second degré », même si « on sait bien que ce sont des conneries », même si « non mais c’est bon, de toute façon quand tu fais ce métier c’est parce que tu aimes qu’on te regardes » (ouais, c’est ça). On peut m’aligner toutes les justifications du monde, je trouve ça à gerber (1) d’objectiser* les gens ainsi et (2) de s’abaisser à vivre par procuration.

Quand je cherche des renseignements sur la vie privée d’une célébrité…
Ben ensuite, je ne le fais pas « parce que c’est une célébrité ». Je le fait parce que c’est quelqu’un qui m’a apporté quelque chose, et que je veux creuser le sujet. Je ne cherche pas des détails croustillants, je ne cherche pas vraiment de détails, d’ailleurs, je cherche des éléments que je peux mettre en relation avec ce que je viens de découvrir : cette personne dont la mentalité m’intéresse a-t-elle mis en pratique ses découvertes ? Si nous pensons pareil/différemment, avons-nous un mode de vie proche/opposé ? C’est d’abord une démarche purement intellectuelle, avec cette curiosité presque scientifique qui s’est toujours prétendue une légitimation de l’indiscrétion puisqu’au fond « c’est pas personnel ».

Quand je cherche des renseignements sur la vie privée d’une célébrité…
Des fois, ça devient plus personnel. Quand le monsieur ou la dame m’a vraiment apporté quelque chose, j’aime… vérifier qu’il ou elle va bien. C’est con, mais ça me fait plaisir, si quelqu’un a mis du positif dans ma vie, de savoir que la sienne vie est cool, ou tout au moins conforme à ses attentes, à ses principes. Qu’il a le sourire, qu’il est satisfait, qu’il est positif. Beaucoup de monde aime que les artistes souffrent. Il y a la jalousie de base, bien sûr, la conviction que ces gens qui possèdent talent et fortune ne devraient pas, en plus, avoir un quotidien agréable. Mais il y a plus insidieux : on aime les artistes fragiles, ceux qui nous font nous sentir moins seuls avec nos faiblesses ordinaires, ceux qui nous montrent qu’elles peuvent même parfois être source de créativité. Ceux, aussi, qui vivent à notre place nos fantasmes auto-destructeurs. Je pense à ceux dont les addictions deviennent, pour les fans, un aspect de leurs personnalités. Des fans qui prétendent les aimer et en viennent à déplorer, s’ils s’en sortent, que ça se ressente sur leur travail. Des fans qui préfèrent des oeuvres sous influence, parfois parce qu’elles sont réellement meilleures, souvent parce qu’elles portent cette fragilité qu’eux ne savent pas transformer. Qu’elles leurs disent que c’est normal, d’être faible, que même les Grands le sont, que personne ne peut vraiment s’en sortir, mais que ça n’empêche pas d’avancer. Il y a parfois du vrai, là-dedans, parfois du positif, mais je déplore que de nombreux admirateurs de Bukowski, Keith Richards ou Hunter S Thompson, par exemple, le soient moins pour leur immense talent que pour le fait qu’ils sont trash, et que c’est bon de se reconnaître dans « plus que nous ». Je me demande ce que pensent ces vedettes dont l’oeuvre rassure. S’ils sont contents d’avoir apporté un peu de paix, ou dépités que leur talent, leur travail et leur expérience n’aient fait que conforter leur public dans sa passivité.
Alors perso, je suis ravie quand un des artistes que j’aime s’est sorti de son alcoolisme ou de sa dépendance à la drogue si c’était son désir. Même si son oeuvre suivante est moins bonne. D’autant que c’est rarement le cas. Parce que ce n’est pas parce qu’un artiste évolue, qu’il sort de l’image que l’on souhaiterait qu’il conserve, qu’il décline.

Quand je cherche des renseignements sur la vie privée d’une célébrité, j’y passe en général peu de temps, j’apprends ce que je voulais, beaucoup d’autres choses que j’estimais devoir ignorer, j’essaie de prendre du recul, j’y arrive assez bien et, au final, je suis satisfaite mais un peu mal à l’aise. Parce que, même s’il faut dissocier l’artiste de son oeuvre, même si l’on n’a aucun droit inaliénable à la moindre information sur le créateur de ce qu’on a aimé, si celles qu’on nous donne ne sont que des courtoisies, certaines sont indéniablement intéressantes. Intéressantes, mais parcellaires. Passée à la moulinette de la clarté relative de celui qui les dévoile, du journaliste qui les condense et les interprète, de ce que notre petit cerveau projette dessus et retient. On se retrouve avec une somme de données brouillonnes qui donne du sujet de notre curiosité une image à la fois intime et floue. Celle de la bonnasse d’en face, à travers ses rideaux, pour le voyeur citadin.
Et je me dis toujours que si, un jour, je rencontre un des gars sur lesquels j’ai cherché des informations, je me sentirai super conne :
- J’ai rencontré ma femme sur le tournage de l’adaptation de mon livre.
- Oui, j’ai vu ça.
- Ah, et je te présente mes enfants…
- Marie et Thomas, c’est ça ?
- Oui… euh…
- Marie, qui fait des études de médecine, et Thomas, qui veut être réalisateur ?
- Mmm.
- Oui je… j’ai vu ça dans la presse et… mais en fait je cherchais des infos parce que tu as écrit sur la famille et je trouvais intéressant de mettre ça en relation avec ton propre quotidien… et je voulais pas connaître leurs prénoms, hein, mais c’était écrit, alors… En tout cas, j’étais vachement contente de voir que tu allais bien, et que les rumeurs sur ton cancer étaient fausses. Huhu. Non, mais, ne me regarde pas comme ça ! Je déteste les pages people et… ok, je sais tout ça, mais c’était de la putain de curiosité scientifique !

* Oui, c’est un anglicisme moche, je le sais, et je m’en fous.
Image © Fred

09 jan 2012 Madame rêve…
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Mot-clef du jour : « vaincre la haine »

Tout commença par une conversation innocente entre humanistes libertaires, gauchistes idéalistes diront certains. On parlait du monde, on parlait des gens, on passait en revue plein de situations absurdes. Un soupir, un sourire… la satisfaction rassurante de se comprendre, entre gens bien informés. La soirée s’éternisa, les invités nous quittèrent les uns après les autres. Restées en tête à tête, nous en vînment à évoquer la condition féminine dans notre beau pays. Et tout bascula :

Moi : …et effectivement, ce ne serait pas plus mal de supprimer le terme « mademoiselle » des formulaires administratifs. D’ailleurs, ça me fait penser…
Interlocutrice : QUOI ???
Moi : Hein ? Quoi, « QUOI ??? » ? Ah, oui. Ben c’est un peu personnel, de demander aux femmes si elles sont mariées.
Interlocutrice : Mais ya pas plus important dans le monde ?
M : Ah ben certes.
I : Non mais franchement, ça me tue, ces féministes hystériques ! Pourquoi elles ne s’occupent pas plutôt des discriminations salariales ?
M : La dernière fois que j’ai vérifié, ils le faisaient.
I : …plutôt que de rameuter la presse pour des conneries !
M : Tu n’as pas l’impression que c’est plutôt la presse qui ne les médiatise que pour les demandes de détail ?
I : Et de toute façon, c’est liberticide, d’interdire le « mademoiselle ».
M : …
I : Moi, j’aime bien qu’on m’appelle « mademoiselle ».
M : Alors, en fait, je peux avoir très mal lu, mais il me semble qu’aucune loi n’a prévu de t’interdire de te faire appeler « madame », « mademoiselle » ou « eh, machine ». Il s’agit juste de lutter contre une intrusion dans la vie privée sur les formulaires administratifs. Et c’est d’autant plus con que, maintenant, des tas de couples ne se marient jamais. Ça ne veut plus rien dire, cette distinction.
I : Ben justement !
M : Justement ?
I : Justement… euh… hein ! Voilà.
M : …
I : Je ne COMPRENDS PAS comment on peut s’énerver sur des trucs aussi STUPIDES !
M : Je… ne te cache pas que moi non plus.
I : Ya d’autres choses plus importantes !
M : Ben, si tu vas par là, tu ne luttes jamais contre rien.
I : Ya plus important, merde ! C’est de l’hystérie !
M : Ça me semble sain de remettre les hommes et les femmes au même niveau, c’est tout. Mais on n’est pas obligés d’en par…
I : Faudrait qu’on soit tous pareils, quoi !
M : Euh… Non, faudrait précisément qu’on accepte le fait qu’on est tous différents, et qu’il n’y a pas de raison de nous regrouper pour nos traiter de manière discriminatoire.
I : Pfff ! « Discriminatoire » ! Les grands mots !
M : Ben… c’est discriminatoire. C’est pas parce que le mot est à la mode…
I : On s’en FOUT, de ça !
M : T’es sure ?
I : Moi, j’aime bien qu’on m’appelle mademoiselle !
M : Non, mais…
I : C’est de l’hystérie !
M : Je…
I : HYSTERIQUE !!
M : Ben…
I : Ya plus important, merde !
M : Oui, oui, c’est s…
I : Et CA, ça passe à la télé !
M : J’avoue que…
I : Les féministes ont pas autre chose à foutre ?!
M : Ils…
I : Ces HYSTERIQUES ?!
M : J…
I : HYSTERIQUES ! HYSTERIQUES ! HYSTERIQUES !

Alors, mon interlocutrice quitta la pièce. Je la suivis pour tenter de lui rendre ses clefs, qu’elle avait oubliées dans sa hâte. Je ne pus la rattraper. Je garde d’elle l’image d’une personne en souffrance, le visage carmin, respirant difficilement, le souffle sifflant : « Hysss… hysss… hysss… » Elle disparut vers l’horizon, laissant derrière elle des effluves de sueur et de parfum bon marché. J’ignore ce qu’elle est devenue.

Il y a quelques mois, les Chiennes de Garde (qui ne sont pas mes copines pour des tas de raisons, mais ce n’est pas la question) et Osez le Féminisme ont demandé, dans un souci de cohérence, la suppression effective du terme « mademoiselle » des formulaires administratifs, en France, comme cela a déjà été fait dans plusieurs autres pays. Elles ont précisé dans la presse que c’était un détail, mais non négligeable, notamment pour favoriser les luttes plus importantes.

Un détail.

Manifestement, pas pour tout le monde.

04 jan 2012 Déballonnage bien-pensant
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Puisqu’on parle de tradition et de rébellion.

Tous les ans, ils passent. Tous les ans, ils s’attendent à ce que je dise oui. Et pourquoi pas ? Tous les ans, dans un accès de lâcheté inexcusable face à ces gueules affables et candides, incapables de concevoir un instant un rejet compte tenu de leurs services rendus au quotidien, je dis oui. Tous les ans, je me torture pour savoir combien donner, je finis par tendre une somme dérisoire avec un « hin, hin, excusez-moi hein, on n’a pas beaucoup de sous », et tous les ans, je me retrouve avec dans les pognes un calendrier plein de chatons ou de chevaux retouchés avec les niveaux automatiques de Photoshop, la nausée au bord des lèvres, me traitant mentalement de faible conne conformiste incapable de faire valoir la rationalité en ce bas monde.

Car la rationalité me dit que je n’ai PAS à acheter ces grosses MERDES IMMONDES imprimées aux dépens de centaines d’arbres qui n’avaient pas plus mérité de crever pour rien que moi de récupérer leurs cadavres défigurés, que ce fric, je pourrais le mettre dans un jouet pour mon fils, un bon morceau de viande ou n’importe quoi pourvu que ce ne soit ni kitch, ni moche, ni niaiseux. Ou que oui, bon, ok, soyons de bonne foi, les pompiers nous rendent un tel service que, allez, on peut faire un effort mais dans ce cas qu’ils prennent mon fric et gardent cette chose dont je ne sais que foutre et qui, comme mes névroses m’interdisent de la jeter immédiatement, va traîner des mois en vrac dans ma cuisine et ne sera bazardée que lorsqu’elle sera pleine de taches de gras.

Il faudrait que je me barricade. Volets fermés, lumières éteintes, pas un bruit. Une croix tracée en deux gestes à la peinture blanche pour signaler une maladie. Danger de mort. Quarantaine. Jusqu’en février.

02 jan 2012 Dissidence silencieuse
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J’aurais des tas de choses pertinentes à évoquer à propos des fêtes, mais ça impliquerait de me référer à des détails de mon existence. Et le problème, avec l’autofiction, c’est que la plupart des gens ne saisissent pas les deux dernières syllabes. Ou alors, ils choisissent comme des grands ce qui est vrai ou relève de l’invention. Deux résultats obligés :
- Ceux qui auraient dû se reconnaître ne se reconnaissent pas. Ou alors dans les éléments positifs. Et ils vous aiment bien alors que vous, pas trop.
- Ceux qui n’avaient aucune raison de se reconnaître se reconnaissent. Dans les points négatifs. Et vous en veulent.
Le second degré n’est donc à manier qu’avec parcimonie, et comme je fais mienne la devise « choisis tes batailles », j’évite de gaspiller une cartouche sur le sujet fort banal des fêtes, a fortiori à chaud.

Je peux affirmer par contre que, de plus en plus, les obligations traditionnelles me pèsent.
Je n’ai jamais été particulièrement attachée aux coutumes. Jamais tellement fière d’un quelconque héritage, qu’il soit culturel ou historique, avec des aïeux dans la Résistance et les FFL, et d’autres qui ont pillé les colonies, aussi peu fière des premiers que je n’ai honte des seconds, j’étais pas née, c’est pas moi, c’est pas plus « mon héritage » que les centaines d’inconnus qui ont pu m’influencer par leur comportement, leurs écrits, leurs idées, je ne suis pas une fille de famille, je ne me définis pas par le groupe, fut-il génétiquement justifié. Pas mal de gens, dans ma famille, me prennent pour une rebelle.
Je suis l’anti-rebelle. Je n’ai pas de révolte, mais de la cohérence. Miss Pépère veut juste un bouquin, un thé, se coucher à 22h, faire du yoga, manger sain, et qu’on lui foute la paix sévère. Je ne fais pas croire mon fils au Père Noël parce que je trouve ça bizarre, je ne me marie pas parce que ça n’a aucun sens pour moi, je me marierai sans doute dans certaines circonstances mais le symbole sera bien différent de celui qui est habituellement associé à cette cérémonie, je ne porterai pas le nom de mon mari, pas même accolé au mien, pas par féminisme mais parce que je ça me semble idiot, pas logique. Et si un truc ne me semble pas logique, je ne le fais pas. Point barre. Circulez, ya rien à voir, rien à interpréter, rien à revendiquer, rien à prouver, faites ce que vous voulez de votre côté et ça m’ira très bien. Ce n’est pas de l’anticonformisme. Je m’en fous, du conformisme, tant qu’il est assumé et qu’il fait du bien. Je ne pense pas que l’immense majorité d’entre nous soit fondamentalement autre chose que des animaux de meute et ça ne me dérange pas trop. Si c’est cohérent, logique, assumé, et dans le respect de soi-même. Or, dans le respect de moi-même, je me tiens éloignée des traditions qui ne me parlent pas. Divorce à l’amiable, on reste potes et on se recroisera peut-être à l’occase.

Jusqu’à peu, Noël, c’était l’exception. La double exception : traditionalisme ET incohérence. Etant :
- apathéiste (je vous laisse chercher) à la limite de l’anti-cléricalisme,
- réfractaire au consumérisme, et pas que parce que je suis pauvre,
- imperméable à l’attachement familial de principe,
- pas particulièrement emplie de souvenirs attachants liés à cette période,
- assez mal à l’aise à l’idée de laisser crever un être vivant, fut-il végétal, sous mes yeux, juste pour la déco,
j’avais toutes les raisons de détester Noël. Et pourtant, j’adorais. L’ambiance, les marchés (je passe une partie de la période dans l’Est de la France), les cadeaux faits aux gens que j’aime, l’excuse toute trouvée pour ré-écouter sans honte l’album de Noël de Dylan, la bonne bouffe… J’adorais Noël.
Et ben, depuis quelques temps, je commence à en revenir.
Je n’ai pas passé un super Réveillon, à part le 27, à midi, en tête à tête avec mon compagnon. Pour le Nouvel An (dont je n’ai réalisé la proximité que parce que des copains en parlaient sur FaceBook), on s’est fait une petite bouffe devant un super DVD. Puis on s’est pieutés avec de bons bouquins à 22h30, on s’est claqués la bise à minuit et des brouettes, et c’était une très bonne soirée. Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais été tellement « jeune dans ma tête », mais il semble que j’ai tout de même mûri.

L’année prochaine, il est probable que l’ensemble des fêtes ne soit qu’un prétexte à une escapade égoïste en amoureux, ou avec ma famille à moi (♫♪ celle que j’ai choisie, car on a besoin d’affection dans la vie ♪♫).

Bonne année 2012 si ce vœu vous parle, excellente semaine à vous tout de même dans le cas contraire.

27 déc 2011 Hygiène corporelle
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Je vois le métro, comme une métaphore à la con sur le quotidien.
Le métro, c’est une antiquité sans cesse relookée, reprisée, réparée, rénovée, remise sur les rails (huhu). C’est un machin immuable qui court après le temps sans le rattraper, toujours un peu de retard, toujours à revivre les mêmes galères, toujours un peu cassé, décrépit, taggé. Taggé par des artistes, des abrutis, des insatisfaits qui n’avaient rien à dire mais devaient à la fois le laisser sortir et le montrer, des clebs qui marquent leur territoire, ou juste les rayures du trousseau de clefs d’un désoeuvré.
C’est bruyant, du bruit constant qu’on finit par oublier, ponctué de petits cris agressifs. Ca sent la pisse, la sueur, et les parfums. Des petits relents de bouffe et de vomi. Ca sent aussi la misère, l’ennui et l’espoir d’en sortir. Le métro est un cliché qui rend créatif. Il est aussi à l’image de ma relation d’amour-haine avec Paris.
Et dans le métro, j’observe malgré moi. Les petits globules tassés qui s’expulsent comme d’un tube de ketchup, quelques éclaboussures rebelles et l’essentiel dans la même direction. J’essaie les visualiser d’en haut, le résultat est un peu angoissant. J’observe les tristes blasés avec gêne, les tendus avec leur ride du lion marquée avec tristesse, les it girls sur leur blackberry en me demandant comment on peut vivre au jour le jour avec des ongles aussi parfaits et supporter le coût d’entretien d’un balayage californien quand on est de classe moyenne. J’observe plein de choses que je ne découvre pas mais qui me confortent dans la légitimité de mes choix. Et, des fois, je prends des leçons.

Comme en bas de ce grand escalier.
Enfin…. « grand ». C’est pas Montmartre. Une cinquantaine de marches, escalator en panne. Allez, hop, hop, c’est parti pour une bonne séance de steps gratos.
Et là, je croise deux femmes. La petite soixantaine classique, l’une en vert, l’autre en brun. Elles marchaient d’un bon pas, et ont stoppé net.
Mme Vert : Ohlala !
Mme Brun : Ohlaaaa…
Mme Vert : C’est en panne.
Mme Brun : Oui.
V : Ohlala !
B : Ohlaaaaa…
Je dépasse les râleuses, et capte au passage la suite de la conversation :
V : Comment on va faire ?
Quoi ? Hein ? Je vous demande pardon ?
B : Je ne sais pas.
V : Ohlala !
B : Ohlaaaaa…
Et là, me retournant, je les vois attaquer prudemment l’obstacle. Un petit pas, un second… se soutenant l’une l’autre dans une belle amitié pulmonaire. Elles galèrent, elles soufflent, elles s’échinent, elles montent.

Petite soixantaine.

Et j’ai vu défiler devant mes yeux toute la misère corporelle occidentale. J’ai revu ces reportages avec des japonais de 80 berges en pleine séance de tai-chi tous les matins, cliché, cliché, cliché, mais des fois, les clichés sont pertinents. Je me suis dit qu’il n’était pas né, le gars qui me verrait faire du tai-chi tous les matins, et j’ai jeté un nouveau regard aux deux dames. Après une petite pause, au bout d’une dizaine de marches, elles reprenaient leur souffle. Elles allaient s’en sortir. J’ai tracé. Et je me suis jurée que jamais, jamais, ce ne serait moi.
Depuis, je ne prends plus les escalators.